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Libéralisme, qu’allons-nous faire de toi ?

September 15, 2016

 

 

Philosophie protéiforme à l’origine de nombreux malentendus et incompréhensions, le libéralisme est une notion sur laquelle les souverainistes butent dans la perspective de 2017. En nous appuyant sur la pensée féconde de Guillaume Bernard, les notions viennent naturellement éclairer le flou obscur qui entoure cette question.

Né à la suite du grand chamboulement dans l’histoire des idées politiques que constituent la Renaissance et les notions d’humanisme, le libéralisme apparaît dans l’esprit de philosophes anglais au XVIe siècle — Hobbes, Locke, Burke. Il vient en opposition avec les idées dites classiques qui prévalaient jusqu’ici dans le monde antique puis dans la société chrétienne : ainsi, les corps sociaux comme la société, la famille, la nation sont des manifestations d’un ordre naturel des choses supérieur à l’Homme. Le libéralisme s’inscrit, en effet, dans la vision moderne d’une construction contractualiste de l’ordre social : tous ces corps sociaux cités plus haut ne sont que des abstractions décidées par l’Homme, dont la volonté guide tout, faisant ainsi le lit au développement de l’individualisme.

 

De ce point de rupture émerge la séparation idéologique de toute une partie de la classe politique actuelle, les libéraux, des partisans d’un retour à la souveraineté et à un ordre social dit « réactionnaire » ou « conservateur ». Cette ligne de fracture se retrouve ainsi au sein de la droite et non plus entre la gauche et la droite. C’est pourquoi, l’attelage libéral-conservateur est un non sens politique alors que la perspective d’un gouvernement commun allant d’Aubry, de Hollande, de Valls, de Macron à Juppé, Sarkozy en passant par Bayrou donne tout son sens puisque ce sont tous des libéraux au sens premier du terme. Le socialisme et le libéralisme sont les deux faces du contrat social moderne, le premier ne voyant une fin que dans l’Etat — le tout — alors que le second ne jure que par les individus — les parties. A l’inverse, la pensée classique se préoccupe avant tout du bien commun — conjonction du bien du tout et des parties.

 

Le libéralisme doit être compris comme une doctrine politique, économique et sociale, comme un bloc. La première amène à la deuxième qui aboutit à la troisième. Notre époque est caractérisée par le passage ultime de la seconde à la troisième, avec la destruction méthodique des derniers piliers de l’ordre classique : le mariage entre un homme et une femme, la remise en cause des notions naturelles de vie — loueuses de ventres pour adoption, banques de sperme — et de mort — euthanasie, émergence du transhumanisme qui voudrait repousser et vaincre la mort. Le libéralisme est bien l’affirmation de la toute puissance de l’ego. Il révèle la révolte de l’Homme qui, par « son intelligence », pense-t-il, par son orgueil en vérité, veut se dresser contre Dieu, à l’image de l’Ange Lucifer qui a ainsi sombré dans le mal. Le libéralisme substitue Dieu par la « main invisible » censée régir tous les comportements individuels rationnels. L’intérêt général s’obtient grâce à la liberté donnée à l’égoïsme de chacun : les vices privés mutent en vertus publiques.

 

Dans ce contexte, il est donc tout à fait incohérent que tout un pan des Français se disant « de culture chrétienne et de droite », se considèrent dans le même temps libéraux, car ils se raccrocheraient à une doctrine qui recèle un satanisme sous-jacent et dont ils combattent certains des aboutissants —Manif pour tous.

 

Ne pouvant être comprise autrement, cette confusion prend racine dans le développement du libéralisme économique. Le libéralisme devient économique au XVIIIe siècle avec l’oeuvre d’Adam Smith, inspirée de la pensée française cartésienne des physiocrates. Il sert, dès lors, de courroie de transmission au capitalisme qui, lui, n’est pas une philosophie mais un matérialisme historique apparu bien avant le libéralisme. En effet, le capitalisme ne pense pas, il s’adapte, se renouvelle sans cesse, peut permettre le profit commun tout comme il peut produire des injustices sociales majeures. Ces injustices peuvent s’avérer fatales si un ordre politique ne prévaut pas sur son désordre économique consubstantiel. En effet, le capitalisme tend naturellement à produire une concentration progressive des moyens de production dans un nombre de plus en plus réduit de mains. Celles-ci en deviennent de plus en plus puissantes à mesure qu’elles concentrent des moyens toujours plus élevés. C’est là que le bien commun est souvent menacé. Le libéralisme constitue la validation théorique à cette anarchie économique consubstantiel.

 

Vouloir restreindre l’étendue de la puissance publique, baisser les impôts, promouvoir la libre-entreprise ou encore défendre la propriété privée n’impliquent pas forcément d’adhérer au libéralisme. Ces notions s’accordent tout à fait avec la pensée classique, avec la doctrine sociale de l’Eglise et, tout simplement, avec le bon sens populaire empreint de pragmatisme.

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