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Jésus, témoin ultime du temps présent

February 14, 2014

 

 

 

Le livre « l’Évangile selon Pilate » d’Eric-Emmanuel Schmitt plonge le lecteur dans la vie de l’un des personnages les plus emblématiques et fascinants de l’Histoire.

 

Jésus, une source d’inspiration inépuisable

 

« L’Evangile selon Pilate » retranscrit toute la puissance de la vie et surtout de la mort de Jésus. Schmitt nous emmène dans les méandres de la plus passionnante enquête policière menée par le préfet de Judée, Pilate. En faisant complètement retourner un modèle d’esprit cartésien, en la personne de Pilate, Schmitt provoque à dessein les limites de la logique, pousse dans ses derniers retranchements les signes les plus éclatants de la raison. Au final, la logique et la raison étendent leur cadavre, surpassées par les coups de butoir de la foi, plus forte que tout. Pilate et sa femme Claudia Procula, élevés comme tout romain dans le culte polythéiste, témoins de cet événement unique au monde à l’orée de la domination sans partage de l’Empire romain sur le monde, finissent par devenir tout simplement les premiers chrétiens. Au-delà de la victime innocente condamnée injustement à mort et qui triomphe de son bourreau malencontreux, Pilate achève son enquête en donnant raison à Jésus par la foi qu’il éprouve pour sa parole, érigée en parole divine.

 

 

Jésus représente d’abord la force d’un caractère. Un caractère humble mêlé de courage et d’abnégation qui, en dépit de toutes les souffrances, s’abstient de projeter tout ressentiment ou toute volonté de vengeance à l’égard de ses bourreaux. C’est ici que le message de Jésus et la critique du christianisme de Nietzsche se rejoignent : la clef de la liberté de l’Homme est de gagner ce combat intérieur où le désir de vie triomphe sur le ressentiment, source de repli voire de rejet de vie. À travers la gestion de la souffrance, lot commun à toute l’humanité, les deux philosophies peuvent se retrouver : la souffrance est universelle, fait partie intégrante de la vie, mais la vie de chacun ne doit pas pour autant être influencée négativement par ce sentiment ô combien fécond. Au contraire, pour Nietzsche, elle est une des expressions de la vie, et pour Jésus, elle pousse l’Homme à avoir une réflexion sur lui-même. En effet, Jésus montre que la souffrance conduit l’Homme à s’expier des fautes qu’il a pu commettre auparavant vis-à-vis d’autrui, le tout afin d’être sauvé et de mieux renaître, grâce au rôle central joué par le pardon. Ce pardon rompt avec les sentiments conscients ou inconscients de culpabilité qui empêchent d’avancer et de se projeter sereinement vers les épreuves présentes et futures.

 

Avant de sombrer dans la folie, Nietzsche a rédigé une autobiographie philosophique intitulée « Ecce homo », reprenant la phrase célèbre de Pilate pour désigner Jésus au seuil de la Passion et que l’on traduit par « Voici l’homme ». Il a également souvent écrit des lettres signées « le Crucifié ». Ne cachant pas sa fascination pour le personnage du Christ, Nietzsche dit de lui qu’il est le seul vrai chrétien, introduisant ainsi une différence entre la portée du message de Jésus et les messagers qui ont porté sa voix à travers les siècles concentrés dans la voix unique du Pape et de l’Église. Cette théologie a construit ses propres dogmes et s’est parfois éloignée des principes édictés par Jésus : par exemple, celui-ci n’a jamais montré la nécessité d’avoir un traitement discriminant à l’endroit des femmes, sa vie prouvant souvent le contraire. Au-delà des divergences profondes entre la philosophie Nietzschéenne et la religion chrétienne, ces deux forces spirituelles se conjuguent dans leur critique visionnaire d’un individualisme forcené qui confine désormais au nihilisme. Ce nihilisme et cette passivité compromettent le bonheur individuel et la capacité à vivre collectivement au sein d’une société. En outre, si l’œuvre de Nietzsche se concentre davantage sur l’aspect individuel via le dépassement de l’Homme, l’œuvre de Jésus la complète avec un volet collectif en poussant l’Homme à ériger des principes qui permettent la vie en société, à travers une éthique partagée par tous, une transmission de valeurs saines qui a permis à la société de se reproduire à travers les siècles et non pas de s’autodétruire.

 

De la nécessité de retrouver la foi christique

 

A l’image d’Hugo Chavez, d’une part, qui invoquait souvent dans ses discours la force mystique du Christ révolutionnaire, le  rédempteur des peuples, et à l’image de Poutine, d’autre part, qui se porte garant du respect des valeurs orthodoxes, les pays de culture chrétienne doivent replonger au cœur des sources d’influence du message du Christ. Ce sont, d’ailleurs, tout deux deux résistants au nouvel ordre mondial. Ce message recouvre de nos jours toute son actualité. Condamnant en substance le matérialisme qui a gagné les sociétés occidentales, le message christique encourage l’Homme à se libérer de ses possessions matérielles et à lui proposer un autre but que ces simples satisfactions purement éphémères et souvent empreintes de vanité.

 

Les coups rudes portés à l’encontre de l’ordre établi sur le plan familial et éducatif en France, à travers le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels ainsi que la propagande d’indifférenciation du genre sur les enfants, toujours poussés par cette spirale idéologique libertaire depuis mai 68, font renaître dans le cœur du peuple son profond attachement pour les valeurs traditionnelles chrétiennes. Ce renouveau, marqué par les manifestations massives de la Manif pour Tous, premières manifestations à ne pas réclamer la défense d’un avantage matériel mais bien la défense d’une certaine idée de la civilisation, touche une large partie de la France et fait ainsi un clin d’œil symbolique à sa vocation originelle de « fille aînée de l’Eglise ». Voguant sur la prédiction de plus en plus vérifiée d’André Malraux selon qui « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas », attesté partout dans le monde dans les années 90 dans « le choc des civilisations » par S. Huntington, le fait religieux gagne du terrain. Cela n’est pas l’objet du hasard si, à mesure que s’est propagé le progrès technique et la démocratisation de l’accès aux biens matériels du fait du rouleau compresseur de la mondialisation, cela s’est accompagné dans le même temps d’une manifestation de plus en plus vivace, voire violente, des différentes religions. Malgré un bien-être matériel, loin d’être suffisant et pouvant même parfois devenir aliénant, le besoin de spiritualité se fait de plus en plus prégnant et se caractérise par un retour aux sources à l’un des ciments de chaque civilisation, même celles ayant cherché à s’en affranchir : le corpus religieux qui les sous tendent. Ainsi, l’État-providence en France, même laïcisé, puise ses racines dans les fonctions ancestrales de l’Église, à savoir sa vocation de lien social sur le plan de la santé, de l’enseignement et du soutien aux plus modestes.

 

Chasser les marchands du Temple bancaire

 

Un des actes fondateurs de la défense des peuples exprimé par Jésus au cours de sa vie est sa critique virulente des usuriers qui, par avarice et cupidité, font suer le peuple par des intérêts scandaleux. Aujourd’hui, le capitalisme financier arrive aux confins du cycle de la dette entamé depuis quelques décennies. Cette financiarisation à outrance, complètement déconnectée du monde réel et mettant au centre du jeu la Banque, doit être remise en cause profondément par la reprise en main du bras armé des peuples et du bien commun : l’État. Face à la loi de la jungle constituée par cette mondialisation sauvage qui exacerbe la concurrence entre travailleurs du monde entier, les valeurs traditionnelles chrétiennes appellent à la coopération voire à la fraternité entre États-nations libres, souverains et régulant ces déséquilibres nés d’une ouverture incontrôlée. Ces nations doivent s’efforcer de lutter contre la stratégie de domination d’empires venus de toute part cherchant à étendre leur emprise sur elles. Ces empires peuvent prendre la forme d’Etats jouissant d’une puissance militaire ou/et financière ; de grandes entreprises influant sur les modes de vie de consommateurs abâtardis ; d’organisations internationales cachant mal leur penchant néolibéral et mondialiste derrière une soi-disant neutralité faite d’expertise ; ou encore de groupes de pression et de réseaux d’élites à l’influence toute azimut.

 

Seul l’État-nation constitue l’échelle adaptée de lutte contre toutes ses dérives et ses attaques mondialistes. Il incarne le cadre d’action de résistance efficace et seul vecteur de solidarité pour des peuples toujours animés par la flamme de leur patrie. Cette belle idée germe depuis la construction avancée entreprise par les rois de France, est reprise par la Révolution française puis est magnifiée par Napoléon. Celui-ci réussit, volontairement et à ses dépens, à cristalliser derrière lui l’envie d’émancipation de nations d’abord en Europe – l’Allemagne surtout – puis par ricochet en Amérique – Haïti, représentant le 1er pays à s’affranchir et à arracher sa décolonisation, avant d’inspirer S. Bolivar en Amérique latine. Enfin, l’État-nation s’affirme depuis le XXe siècle en Afrique et en Asie, contrées autrefois réfractaires du fait de leur composition anthropologique et leur identité d’abord ethnique. C’est pourquoi, cette idée moderne et salvatrice d’État-nation doit être ressuscitée !

 

Jésus sonne comme le point de départ de ce débat millénaire qui occupe le monde occidental encore jusqu’à aujourd’hui entre le bien et le mal, chaque Homme étant traversé à des degrés divers par l’un et l’autre. Ce débat fait écho à son équivalent dans le monde oriental entre le ying et le yang, faisant davantage référence à des notions telles que l’équilibre ou l’harmonie. De la même manière, certains font un pont entre le bouddhisme et la philosophie de vie issue de l’Évangile.

 

Deux millénaires après, Jésus conserve toute l’attention des âmes et des cœurs, athées comme religieux, chrétiens comme musulmans, riches comme pauvres. Même à l’heure des nouvelles technologies, une étude récente montre que Jésus constitue le premier personnage historique recherché sur Internet, devant Napoléon classé 2ème. Par sa parole universelle transcendant tous les clivages, par sa critique acerbe des dangers d’une économie marchande incontrôlée, par sa irrépressible parole d’espoir, le Christ fait plus que déchaîner les passions, il irradie le monde de son message universel d’amour et de lutte constante de la connaissance sur l’ignorance, de la joie sur la souffrance, de la vie sur la mort.

 

« Je vous ai dit ces
choses afin qu’en moi vous ayez
la paix » 
(Jean 16:33).

 

« Ce que je fais, tu
ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras dans la suite »
 (Jean 13:7).

 

« Je vous ai dit ces
choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit accomplie » 
(Jean
15:11).

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